Bnhmm – Foulards d’Évasion

0004_3

En voilà un qui a fait la guerre, au sens propre

Ceux qui passent leurs dimanches dans de bonnes friperies ou sur d’obscurs site de collectionneurs de militaria seront sûrement familiers avec ces étranges foulards sur lesquels sont imprimés des cartes. Pour les autres, il s’agit en fait d’escape scarves (foulards d’évasion), des coupes de tissu sur lesquelles sont imprimées des cartes de diverses régions du globe. Ces foulards avaient en fait pour objectif de permettre aux soldats britanniques ayant été fait prisonniers de s’orienter en cas d’évasion en territoire occupé.
Ils furent développés pendant la seconde guerre mondiale par le MI9, les services secrets britanniques, sur l’initiative de Christopher Clayton Hutton, sorte de Géo Trouvetou du gadget d’évadé.
Imprimées d’abord sur de la soie, puis sur de la rayonne (la soie synthétique dont on confectionnait aussi les chemises hawaïennes), ces cartes étaient du coup faciles à dissimuler, consultables discrètement et surtout résistantes à l’eau et à l’usure.
Christopher Clayton Hutton, bien avant l’invention du fameux personnage Q de James Bond, avait aussi fait développer, entre autres, des couvertures avec des patrons de vêtements imprimés avec de l’encre invisible, permettant aux évadés de se fabriquer des habits
civils pour passer incognito, mais aussi des bottes avec des talons creux pour y dissimuler des cartes, des boites à cigarettes à double fond et des petites boussoles qui se cachaient dans des boutons de veste. Ces gadgets devaient pouvoir se dissimuler sur une tenue militaire, ou au sein de cadeaux aux prisonniers distribués par la Croix Rouge. Le tunnel de La Grande Évasion n’est pas loin, Hussein Chalayan, son fameux défilé d’Automne-Hiver 2000 et ses robes dissimulées dans les meubles non plus.
Les amis de Bnhmm, passionnés de vêtement vintage, ont mis la main sur un stock complet de ces foulards en parfaits états, datant des années 50. Ils les ont reconditionnés, leur ajoutant une petite couture afin qu’ils ne s’effilochent pas, et les distribuent maintenant sur leur site internet et au sein de quelques points de ventes. Une aubaine maintenant que ces foulards deviennent de plus en plus difficiles à trouver.
On se presse il ne leur en reste presque plus (et Marseille est hélas déjà soldout) !

bnhmm.fr

0006_5

Lire la suite

Messengers Style

IMG_1025 2

Bippers et lunettes aérodynamiques

Alors que la mode a tour à tour pillé toutes les décennies du 20ème siècle pour les digérer, les re-mixer et les ré-interpréter, le curseur semble aujourd’hui s’être arrêté sur les années 90 : les pages de magazines voient se côtoyer sportswear italien à logo, sacs banane en bandoulière et minimalisme sobre à la Margiela.
Alors pour être sûr de conserver une longueur d’avance sur Anna Wintour et sa bande, attaquons-nous dès maintenant au début des années 2000 en scrutant ce bel ouvrage édité au tournant du siècle, époque bénie où il était de bon ton de porter les cheveux fluos et en pics, et où un piercing à l’arcade était considéré comme une ultime coquetterie.
Messengers Style propose une incursion photographique dans le monde des coursiers new-yorkais de l’époque, soit une éternité avant que cette sous-culture ne deviennent une tendance globale et que les pignons fixes n’envahissent les villes du monde entier.

Ce livre nous permet donc d’apprécier les looks de quelques coursiers de l’époque, mixant avec panache influences rock, streetwear, culture cycliste, technicité et utilitarisme.
C’est peut-être de ce genre de fabuleux mix-and-match dont devraient prendre comme inspiration les marques visant le marché du commuting (Levi’s Commuter ou Rapha par exemple) qui peinent à nous faire entrer dans leurs pièces qui n’ont ni l’efficacité technique des vêtements dédiés au cyclisme ni le style ou la démarche inspirante des marques que l’on apprécie.
Direction le site du photographe pour apprécier d’autres clichés.

Messengers Style
Photos par Philippe Bialobos
Intro par Valerie Steele
Assouline

IMG_1034 2 Lire la suite

Beige Habilleur

Beige-1

Le beige est le nouveau noir

Il y a quelques années, lorsque j’étais encore acheteur pour le Printemps, j’expliquais à qui avait la patience de m’écouter qu’il y avait un gros « gap » sur le marché de la mode homme à Paris. En effet, alors que les projecteurs du monde entier étaient braqués sur Pitti Uomo et que l’intérêt pour la mode authentique et historique s’écartait doucement du bucheron ou du preppy américain pour se focaliser sur le Made in Italy, des multimarques aux accents transalpins ont éclos ici et là dans les grandes villes internationales. Mais voilà, à part une timide approche de Slowear à Paris, où étaient les Trunk Clothiers ou les Gabucci locaux ? La fermeture d’un vieil Old England en bout de course a laissé un trou béant dans le marché (comblé pour la chaussure par Upper Shoes) et l’idée semblait toute trouvée : choisir un emplacement près de la Madeleine, à Paris, avec une force de vente tirée à quatre épingle à la Armoury, on pourrait y proposer des marques aux intonations chantantes telles que Lardini, Boglioli, Lubiam, Camoshita, Finamore ou Barba. Il ne restait plus qu’à communiquer via les réseaux sociaux et profiter de l’engouement international pour le #menswear et on pourrait bénéficier d’un mélange intéressant de clients classiques, habitués à venir s’habiller dans le quartier, et d’une clientèle plus jeune et connectée, en recherche de ces labels introuvables à Paris
C’est donc à point nommé qu’est apparu Beige. Beige est un multimarque en ligne, et, bien qu’il n’ait pas encore de vitrine physique, il vient remplir ce manque. On y trouve donc de belles marques de Pitti Uomo, ou que l’on suit depuis longtemps : Camoshita, Drake’s, Inis Meain, Jamieson’s, LBM, Valstar, Merola … On y fait aussi quelques belles découvertes comme Cohérence, une marque d’outerwear japonaise aux beaux volumes, ou la marque espagnole Justo Gimeno et ses vestes Teba, sorte de chaînon manquant entre une slack jacket, une forestière et une veste de peintre.

Restait à trouver une belle image, et souvent dans ce type d’univers produit, on est trop sage, trop propret, on s’emmerde. C’est un peu l’écueil dans lequel est tombé le pourtant excellent (et concurrent américain de Beige) No Man Walks Alone . Mais c’est avec brio que Beige s’en sort avec ce lookbook Automne-Hiver à l’image contemporaine juste ce qu’il faut. Avec pour décor les lignes architecturales rétro-futuristes de Beaugrenelle, le style est casual mais reste chic, surtout on reste bien éloigné des mises endimanchées trop clichées.
On se projette, cela fonctionne, et on a hâte de voir le prochain.

www.beige-habilleur.com Beige-2 Lire la suite

Gants Omega

F1030006

On est là pour les liasses

Après celui sur E.G. Cappelli, voici le second article dédié à la fabrication napolitaine. Naples a longtemps été le centre de l’industrie du gant en Italie, et Omega est une entreprise familiale quasi-centenaire officiant dans ce secteur, en plein centre de Naples.

Niché à Naples dans le quartier de la Sanita, coeur battant de la capitale des Deux-Siciles, quartier populaire aussi vivant que déglingué, l’atelier d’Omega n’a pas pignon sur rue. Il n’y a pas non plus d’indication, c’est sur les conseils d’un voisin qu’on se rend au quatrième étage d’un bâtiment vétuste et que l’on frappe à la porte de l’appartement. Le curieux y est accueilli par Mauro, le patron, qui parle bien et beaucoup français. Véritable destination touristique (l’adresse de l’atelier figure même sur certains guides), on est immédiatement pris en main et guidé par Mauro et sa passionnante logorrhée artisanale.

L’atelier ressemble plutôt à un vieil appartement délabré, et a des allures de Disneyland de l’artisanat : des machines à coudre mécaniques, une cuisine à la tapisserie très 70’s, des sièges rafistolés créant une sorte de boro napolitain, des ouvrières en blouses colorées attelées à coudre des gants, la clope à l’équilibre précaire au bout des lèvres, et sur les murs les photos de vacances du staff accompagnant l’obligatoire poster de Naples, avec en fond le Vésuve siégeant en double mont Fuji local.

Je ne rentrerai pas dans les détails techniques de fabrication, le sujet ayant été déjà couvert sur le web français (sur Bonne Gueule et Milanese Special Selection). J’ajouterais juste que les liasses de peau découpée, passent littéralement par la fenêtre, via un système de poulie, en direction des appartements des ouvrières. Elles sont équipées chez elles pour réaliser la couture des gants, et réalisent une partie des finitions directement à la main.

Omega fait ou a fait des gants pour quasiment tout le monde, de grandes marques de luxe comme Dior ou Saint Laurent, en passant par des grands magasins français et japonais, jusqu’à des marques plus grand public aux prix plus accessibles. Mauro propose même certains de ses produits directement sur place au prix de gros. On repart donc avec une paire de gants en pécari doublés en cachemire pour l’hiver prochain.
Grazie. Arrivederci. Direction Da Michele pour une pizza.

Omega SRL
12 via Stella
80137 Napoli
www.omegasrl.com

Une sélection de gants Omega est aussi vendue sur Zampa di Gallina.

F1030008

Lire la suite

Carmina – Visite d’Atelier

09260016

Comme le Port Salut

On connait Majorque pour ses plages, ses cyclistes et ses cités balnéaires abordables.
Ce que l’on sait moins c’est que cette île, qui abrita le tout premier Club Med, est aussi le centre d’une industrie de la chaussure florissante : siège historique de Camper, elle est aussi la patrie des marques plus habillées Carmina et Meermin.
Originellement sur place pour gravir des cols à coups de pédale et pour se reposer à coups de plages paradisiaques, le blogueur dilettante qui sommeillait en moi s’est soudain éveillé lorsqu’est venu le souvenir de Carmina, et a troqué cuissards et maillots de bain pour se taper une bonne vieille visite d’atelier.
On est en août, il fait 35°C dehors, peut-être 45°C dans l’atelier, on peaufine donc des Carmina en tongs et en marcel. L’occasion de se rappeler de cette visite de l’atelier Weston il y a quelques années, et de voir combien les ateliers sont structurés différemment. L’occasion aussi d’apprécier la finesse des formes maison, l’impressionnant choix de cuir cordovan travaillé sur place, et d’en prendre plein les yeux sur le niveau des finitions.
Une visite qui s’achèvera par un détour en boutique, pour l’essayage de magnifiques bottines et doubles boucles en cordovan, avant de péniblement remettre ses trop confortables espadrilles pour reprendre la direction de la plage.

91200008

Lire la suite

Stan Ray

91210001

Smith Ban

Stan Ray, comme Teddy Smith ou Johnny Halliday, est un nom qui sonne trop américain pour être vrai.  C’est pourtant effectivement le petit nom d’un façonnier texan spécialisé dans le vêtement utilitaire – comprendre militaire et professionnel – qui a sympathiquement décidé de faire parvenir jusqu’à nous certaines de ses productions.
Le site du fabricant est authentique à souhait et les prix restent abordables pour du Made in USA, ce qui nous permet de mettre la main sur tout que nous avons envie de porter en ce moment : des fatigue pants et chinos de l’armée US , des pantalons de peintre avec plein de poches, le tout bien large, ou alors revu avec une coupe plus cintrée si vous êtes du genre à avoir froid aux yeux.
C’est plus brut et moins bien fini que du Orslow, mais c’est de l’original et cela n’a pas de prix. À vous de voir si vous préférez du bon scotch artisanal ou du Nikka.
Les matières et couleurs se lisent comme un abécédaire du vêtement utilitaire: du satin des fatigues pants au ripstop des surchemises, du sergé au hickory et de l’OG107 au Tiger Camo.
Toutes résisteront à vos cascades en scooters et se patineront avec brio, comme on peut le voir sur les originaux qui jonchent l’internet et les friperies ici et là. On fonce, c’est pour l’instant chez Oi Polloi et Royal Cheese, et bientôt partout.

Lire la suite

De Bonne Facture PE16

55070004

On the edge

Pour Printemps-Été 2016, la collection De Bonne Facture prend encore un peu d’ampleur, et c’est petit à petit un vestiaire masculin complet qui se voit être interprété par Déborah, la créatrice de la marque. Le jeune label, qui compte maintenant 3 points de vente à Paris (Merci, 1LDK, et le nouveau venu Bernardin) et 7 au Japon, conserve sa démarche transparente, mais semble vouloir s’affirmer et se forge doucement son propre répertoire stylistique.
Cette dernière collection est un vrai plaisir pour les sens : l’oeil est attiré par de belles palettes de bleus et de beiges et les matières utilisées surprennent par leur qualité, leur finesse et leur main : de la viscose, du seersucker, du piqué, du natté, du chiné, provenant presque toutes du Japon et d’Italie.
Une petite capsule d’accessoires construite dans un élégant daim caramel vient finir parfaitement le tout.
C’est cette recherche dans les matières qui au final porte son empreinte sur la collection : si vous êtes bien devant des formes masculines archétypales, certains tissus créent des aspérités fortes, parfois même visuelles, dans la collection.
La marque sort donc doucement de sa timide discrétion pour annoncer qui elle est, et on voit apparaître un vestiaire typiquement parisien avec un traitement qui pourrait être celui d’une marque japonaise.
Le meilleur des deux mondes ?

Lire la suite

Atlas Market 2016

F1000012
 
Du rare et du pas cher
 
Atlas Market 🌐 sera de retour le dimanche 15 mai prochain. Pour sa 4e édition, on ne change pas une recette qui gagne : une ambiance détendue entre potes passionnés de vêtements du passé, du présent, mais aussi du tur-fu. Une vingtaine de stands présenteront dans une sorte de chaos organisé meubles, vyniles, sportswear, streetwear, workwear, vintage ou contemporain. Que du timeless et du classique, tout cela accompagné de musique et des cocktails des Petites Gouttes.
Comme la dernière fois, ce sera sur la terrasse des Petites Gouttes, sur l’esplanade Nathalie Sarraute dans le 19e.
Nous y serons pour essayer de se débarrasser de quelques belles vieilleries, mais aussi pour vous présenter en avant première un projet sur lequel nous travaillons depuis un petit moment, à base de petite maroquinerie faite main en Suède.
Un petit aperçu de l’ambiance qui régnait lors du précédent opus sur cette vidéo :

Lire la suite

Bonne Gueule

000026

Bon pied bonne gueule

Au milieu des années 2000, quand nous avons commencé à nous intéresser aux vêtements, c’était le désert total sur internet. Il y avait des skyblogs relayant les campagnes porno-chic de Gucci, des overblogs traitant de marques streetwear type Evisu et Bape, et des blogspots traitant de rock où il était possible de glaner quelques photos des Strokes ou de Dior Homme période Hedi Slimane.
Aujourd’hui, toute démarche de curieux digital du style masculin mène tout droit chez Bonne Gueule, et il y a bien plus à se mettre sous la dent que des photos basse résolution de Tom Ford, de Pete Doherty ou de Pharell Williams : ils ont la ressource la plus complète, la plus didactique et la mieux illustrée sur le style masculin qui n’aie jamais été disponible dans la langue de Molière.
Nous avons mis du temps à comprendre les choix de Bonne Gueule : par exemple celui d’écrire un e-book sur le style masculin, de se mettre en scène, d’organiser des coachings ou d’être autant didactique. Cependant nous nous lisons réciproquement depuis longtemps et à force d’échanges de références et de commentaires, c’est très naturellement que nous nous sommes finalement rencontrés il y a quelques années, trouvant en eux la même approche un peu geek et ouverte que la notre.
A force de pivots, Bonne Gueule a su trouver une voie unique pour fonctionner. A cheval entre service client universel pour homme en détresse stylistique, éditeur de contenu rédactionnel, photo et vidéo, et marque de vêtement. Et ce qui lie tous cela, c’est une volonté d’aider des hommes en quête de solutions sur le vêtement et sur le style. Le contenu créé en interne par Bonne Gueule est de plus en plus qualitatif, surpassant maintenant celui de nombreuses marques et medias, et surtout la transparence et la proximité de l’équipe a soudé une communauté toujours plus importante et plus fidèle, suivant avec plaisir le développement de l’aventure.
Preuve de leur influence : tout vendeur de mode masculine à Paris aura une anecdote sur un lecteur Bonne Gueule surpris à observer avec attention si les boutons d’une chemise sont bien cousus en croix, ou qui va être très exigeant quant à la largeur d’ouverture de ses bas de pantalons. Tout cela fait qu’aujourd’hui Bonne Gueule est un véritable rouleau compresseur, écoulant d’importantes quantités de produits, avec un nombre minimum de styles, qui ne solde jamais et qui en a encore beaucoup sous le pied. Bonne Gueule est aussi le reflet de ses fondateurs et de son équipe, généreuse, sympa et ouverte, ce qui a créé tout un environnement vertueux de jeunes marques et de compétences autour d’eux et de leur approche toute particulière du commerce et du management.
Lire la suite

Drake’s London AW15

Drakes-Fall-2015-03-960x640

#layering

Timing malheureux, cet article a pour sujet un lookbook AH15 alors que la saison est finie, les soldes ayant emportées avec elles le reliquat bigarré de cette belle collection Drake’s. Mais un coup d’oeil à l’extérieur suffit pour s’en assurer, l’hiver est toujours là, n’en déplaise aux images ensoleillées qui commencent à envahir notre boite mail encombrée. A l’heure où il est de bon ton de vouloir tout remettre à plat, on essaie tout de même de nous faire parler seersucker et madras alors que nos besoins sont plutôt de l’ordre de la flanelle et du tweed. Si du coup le see now buy now n’est plus possible pour ce lookbook, il n’en demeure pas moins plein de belles images et de bonnes idées de layering, applicables maintenant.
Le mannequin pour l’occasion, Jason Jules, qui semble être dans l’ombre de tout bon projet menswear (ici en background dans un article de mai 2011, ainsi qu’en guest-star chez notre ami Francis en juillet 2011), est aussi à l’origine du blog Garmsville, qu’il vous faut dans votre Feedly.
D’ordinaire plus porté sur un look vintage/héritage forcément plus casual, on ne l’attendait pas forcément chez Drake’s. Mais sa présence, accompagnée du stylisme soigné du lookbook, permettent d’atténuer sagement le côté formel du vestiaire Drake’s, pour un résultat parfait.

Lire la suite