Bonne Gueule

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Bon pied bonne gueule

Au milieu des années 2000, quand nous avons commencé à nous intéresser aux vêtements, c’était le désert total sur internet. Il y avait des skyblogs relayant les campagnes porno-chic de Gucci, des overblogs traitant de marques streetwear type Evisu et Bape, et des blogspots traitant de rock où il était possible de glaner quelques photos des Strokes ou de Dior Homme période Hedi Slimane.
Aujourd’hui, toute démarche de curieux digital du style masculin mène tout droit chez Bonne Gueule, et il y a bien plus à se mettre sous la dent que des photos basse résolution de Tom Ford, de Pete Doherty ou de Pharell Williams : ils ont la ressource la plus complète, la plus didactique et la mieux illustrée sur le style masculin qui n’aie jamais été disponible dans la langue de Molière.
Nous avons mis du temps à comprendre les choix de Bonne Gueule : par exemple celui d’écrire un e-book sur le style masculin, de se mettre en scène, d’organiser des coachings ou d’être autant didactique. Cependant nous nous lisons réciproquement depuis longtemps et à force d’échanges de références et de commentaires, c’est très naturellement que nous nous sommes finalement rencontrés il y a quelques années, trouvant en eux la même approche un peu geek et ouverte que la notre.
A force de pivots, Bonne Gueule a su trouver une voie unique pour fonctionner. A cheval entre service client universel pour homme en détresse stylistique, éditeur de contenu rédactionnel, photo et vidéo, et marque de vêtement. Et ce qui lie tous cela, c’est une volonté d’aider des hommes en quête de solutions sur le vêtement et sur le style. Le contenu créé en interne par Bonne Gueule est de plus en plus qualitatif, surpassant maintenant celui de nombreuses marques et medias, et surtout la transparence et la proximité de l’équipe a soudé une communauté toujours plus importante et plus fidèle, suivant avec plaisir le développement de l’aventure.
Preuve de leur influence : tout vendeur de mode masculine à Paris aura une anecdote sur un lecteur Bonne Gueule surpris à observer avec attention si les boutons d’une chemise sont bien cousus en croix, ou qui va être très exigeant quant à la largeur d’ouverture de ses bas de pantalons. Tout cela fait qu’aujourd’hui Bonne Gueule est un véritable rouleau compresseur, écoulant d’importantes quantités de produits, avec un nombre minimum de styles, qui ne solde jamais et qui en a encore beaucoup sous le pied. Bonne Gueule est aussi le reflet de ses fondateurs et de son équipe, généreuse, sympa et ouverte, ce qui a créé tout un environnement vertueux de jeunes marques et de compétences autour d’eux et de leur approche toute particulière du commerce et du management.
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Drake’s London AW15

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#layering

Timing malheureux, cet article a pour sujet un lookbook AH15 alors que la saison est finie, les soldes ayant emportées avec elles le reliquat bigarré de cette belle collection Drake’s. Mais un coup d’oeil à l’extérieur suffit pour s’en assurer, l’hiver est toujours là, n’en déplaise aux images ensoleillées qui commencent à envahir notre boite mail encombrée. A l’heure où il est de bon ton de vouloir tout remettre à plat, on essaie tout de même de nous faire parler seersucker et madras alors que nos besoins sont plutôt de l’ordre de la flanelle et du tweed. Si du coup le see now buy now n’est plus possible pour ce lookbook, il n’en demeure pas moins plein de belles images et de bonnes idées de layering, applicables maintenant.
Le mannequin pour l’occasion, Jason Jules, qui semble être dans l’ombre de tout bon projet menswear (ici en background dans un article de mai 2011, ainsi qu’en guest-star chez notre ami Francis en juillet 2011), est aussi à l’origine du blog Garmsville, qu’il vous faut dans votre Feedly.
D’ordinaire plus porté sur un look vintage/héritage forcément plus casual, on ne l’attendait pas forcément chez Drake’s. Mais sa présence, accompagnée du stylisme soigné du lookbook, permettent d’atténuer sagement le côté formel du vestiaire Drake’s, pour un résultat parfait.

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1LDK – Le Japon à Paris

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Plantes aromatiques et paillasson personnalisé, bienvenue au Japon

Située au calme sur la discrète rue de la Sourdière à Paris (non loin de La Contrie), 1LDK est la dernière née d’un groupe de boutiques qui compte maintenant 6 multi-marques à taille humaine, et dont toutes les autres adresses sont situées sur la péninsule nippone.
Alors que le Japon continue de devancer le monde du vêtement masculin (au moins la partie qui ne s’encombre pas trop de Rick Owens), 1LDK propose une sorte de petit teasing de ce qu’il peut se passer au pays du wabi-sabi.
Au niveau des découvertes, on note l’arrivée sur le marché français de la marque japonaise Comoli, dont nous avions remarqué les belles silhouettes ici, et dont la qualité et les finitions ne déçoivent pas. On apprécie aussi Universal Products, la marque propre de 1LDK, dont le mot d’ordre : « Always Quality First. Pleasure in wearing our products » promet raffinement, minimalisme et exotisme.
Si les Américains ont récemment redécouvert leur patrimoine vestimentaire grâce à la passion des Japonais, il pourrait nous arriver la même chose car 1LDK a eu le flair de regrouper ce qu’il se fait de plus exigeant en France. On note ainsi une offre d’une largeur inégalée à Paris de produits de De Bonne Facture et d’Arpenteur, bien accompagnés par Paraboot. On y trouve aussi de belles exclusivités japonaises telles que Kaptain Sunshine, Scye, O- ou Buddy Optical ainsi qu’une sélection d’ouvrages difficiles d’accès pour les non-japanophones, qui, du coup, ont l’air d’être ce qu’il y a de plus pointu au monde sur les sujets qu’ils abordent.
Tencho-Seki, le fondateur de 1LDK, qui a récemment posé ses valises à Paris, se fera un plaisir de vous recevoir et de vous montrer le fabuleux sous-main en cuir Hender Scheme présent près de la caisse.
Et, rien que pour apprécier (ou participer à) sa patine, il faut passer.

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Garmento – Mémoire vive

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Giorgio Armani 1988

Découvert il y a quelques années lors d’une recherche sur le Men’s Dress Reform Party, Garmento est un magazine doublé d’un blog qui traite de la mode de saisons passées.
C’est un constat relativement étonnant, voire passionnant : aujourd’hui, à l’heure où tout est disponible instantanément sur internet, il est toujours difficile de tomber sur des photos de défilés ou de campagnes publicitaires des années 80 ou 90, ou même de voir documenté en détail les marques qui eurent du succès il y a quelques décennies. Difficile donc pour les moins de 30 ans de se rendre compte de ce qu’était Helmut Lang à sa grande époque ou de l’ambiance qui régnait au sein des défilés joyeusement déjantés de Maison Martin Margiela. Comment pourrait-on même imaginer que GAP, à une époque, a été une marque cool ?
Garmento nous propose donc, à l’aide de publicités, d’extraits d’ouvrages vintages ou d’interviews, de retracer ces modes, vendues, portées, ou rêvées par les créateurs de l’époque. Dans un secteur où tous les regards sont constamment rivés sur la nouveauté, s’attarder sur ce qui a existé peut s’avérer salvateur.
L’occasion de se rendre compte que la silhouette des hommes évolue, et qu’aucun produit, aussi classique soit-il, n’est intemporel. Pour preuve cette oxford Ralph Lauren de 1992 que nous pourrions aujourd’hui utiliser comme parachute. Morale, destinée particulièrement à ceux qui ont besoin d’excuses pour assumer un gros craquage chez le tailleur : votre enfant n’aura probablement rien à faire des vieux vêtements élimés que vous imaginez lui transmettre, ils seront probablement has-been, c’est tout.

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E. & G. Cappelli, Naples

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#patternporn

A Naples, la cravate est sacrée et sa cathédrale s’appelle Marinella. La petite boutique de cette entreprise centenaire est un lieu de pèlerinage obligé pour tout homme d’affaire désireux de s’offrir un souvenir napolitain. Les plus renseignés s’orienteront vers l’appartement où la marque présente l’ensemble de ses collections. Situé à l’étage, on y accède au flair par la cour de l’immeuble. Mais il se peut qu’au faste baroque de la cathédrale, vous préféreriez le charme discret et l’intimité d’une chapelle, et c’est à peu près ce que propose E. & G. Cappelli.
A quelques encablures de Chiaia, il faudra s’aventurer dans une cour (le sport auquel tout visiteur en quête de fatto a mano devra s’habituer) – celle-là même qui abrite la Sartoria Formosa – pour trouver la petite porte menant à ce que l’on pourrait nommer la crypte des sept plis.
Pour des tarifs un poil en dessous de Marinella, Cappelli propose une offre moins classique, plus osée et contemporaine. Tout est là : grenadine de soie doublée ou non, cinq plis, sept plis, du tricot, de la laine et du lin, du paisley et de l’ancient madder, des mélanges de matières… Patrizio Cappelli, le propriétaire des lieux, voyage très régulièrement en Angleterre afin de sécuriser les plus belles étoffes et imprimés.
Le plus est l’offre sur mesure : pour une vingtaine d’euros et une petite semaine de patience supplémentaires, il vous est possible d’obtenir une cravate dans le tissu désiré et de choisir sa longueur, sa largeur, sa doublure ou son absence. Cela permet surtout de choisir parmi la très belle sélection de tissus vintage de la marque, dont les rouleaux et découpes sont disposés çà et là dans la boutique, telles les reliques du saint patron de la sprezzatura.

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Tres Bien AH15

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Rassurez-vous, le mannequin va très bien.

Voilà déjà trois saisons que Très Bien Shop, la boutique en ligne suédoise rebaptisée Très Bien, nous livre sa propre vision de la mode homme à travers des collections en nom propre. Très Bien a été un retailer précurseur, offrant très tôt un parti pris stylistique fort à travers ses sélections : un mix à l’époque unique de produits authentiques, de streetwear et de pièces créateurs plus progressives. Stratégie payante quand quelques années plus tard le monde du luxe semble vouloir embrasser plus que jamais celui du streetwear. Au delà de cela, Très Bien c’est aussi et surtout un puit sans fond d’exclusivités Nike multicolores constamment soldout.
Suivie de près par tout ce qu’il se fait de multi-marques européens, Tres Bien n’est sûrement pas étranger à l’apparition de Margiela, Dries Van Noten ou encore Watanabe aux côtés des commercialement plus safe APC ou Carhartt chez votre revendeur local. Cette troisième collection – Automne-Hiver 2015 – nous fait à nouveau penser à du Our Legacy en plus clean, ce qui n’est pas étonnant quand on sait que les marques ont longtemps collaboré sur de nombreux projets. Toutes deux semblent poursuivre le même idéal de réconcilier univers street et créateur, et le font avec une finesse inégalée, sans imprimés racoleurs ni prix exagérés.

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Beaubien, Paris

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La sélection ne fait pas mentir l’enseigne

Beaubien est une petite boutique qui a ouvert ses portes Rue Notre-Dame de Nazareth il y a déjà deux ans. Située au coeur d’un quartier en renouvellement, jeune rue ou pas, non loin du magasin Wait, il suffira de quelques enjambées supplémentaires aux badauds pour s’y rendre depuis le haut-marais. L’occasion aussi de s’arrêter découvrir les derniers ouvrages reçus chez Library of Arts, ou d’apprécier une dernière fois l’offre de quelques grossistes en souliers pointus, avant qu’ils ne soient, eux aussi, victimes des effets conjugués de la gentrification et de la casualisation du monde.
Si Beaubien attire notre attention, c’est tout d’abord par sa sélection, qui contient quelques marques en exclusivité sur le marché français (Battenwear, Dana Lee, Jungmawen…), de très belles choses (Orslow, Arpenteur…), et des têtes plus connues (Norse Project, Kitsune, Gitman, Ebbets, Levi’s Made and Crafted, Il Bussetto…). C’est ensuite par la sympathie de Julien, le fondateur, qui saura vous accueillir et vous conseiller en toute humilité.
A caser sur votre parcours entre The Broken Arm et Thanx God.
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Empanaché d’un Panama

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Rien à voir avec le chapeau Havana Club qu’on a donné à votre petite soeur hier soir rue de Lappe.

Il y a un moment magique dans Badlands (« La Ballade Sauvage ») – l’excellent film de Terrence Malick – où Martin Sheen (alias Kit) vole un panama et une veste en seersucker, qu’il enfile sur son ensemble en denim. Au-delà de ce cours de layering, qui, on est sûr, a inspiré de nombreux stylistes japonais maladivement obnubilés par les US, on retient surtout le rôle esthétique important que jouera cet accessoire jusqu’à la fin du road trip de Kit. En effet, Kit le sait, son chapeau lui donne une allure certaine, digne de faire la une de la rubrique faits divers.

Les panamas, comme le nom ne l’indique pas, viennent en fait d’Équateur, où ils sont tissés à la main dans le respect de la tradition locale. Un seul de ces chapeaux de paille peut prendre de quelques heures à plusieurs mois à être tissé en fonction de la finesse voulue. Il en va en effet du tissage du panama comme de l’humour, sa qualité dépend de sa finesse et certains fabricants vous proposent même des formes identiques avec des tissages plus ou moins fins et un prix évoluant systématiquement de manière incrémental : fino, extra-fino, super-fino, le graal étant souvent le Montecristi, du nom de la ville où ceux-ci sont fabriqués.

De tradition plutôt sage, un panama saura s’adapter : il peut être porté droit avec un polo comme votre oncle à Roland Garros, mais aussi en arrière sur un ensemble RRL comme Martin Sheen, ou écrasé pour imiter le sprezzaturesque Jean-Claude Brialy dans Le Genou de Claire.

Comme toute belle chose, un panama se patinera, la paille jaunira progressivement au contact du soleil, de la crème solaire et des embruns. Plus le panama sera tissé fin, plus sa matière s’apparentera à du tissu et plus celle-ci sera fascinante, flexible et malléable. Certains panamas (souvent de forme plus classique avec un petit bourrelet central) peuvent même se rouler et se ranger dans un tube.

C’est toutefois un produit fragile, il craint l’inattention d’une assise maladroite, la sècheresse ou, plus risqué, un coup de mistral perdant en bord de mer.

Bonnes vacances !

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Duran, Contemporary Realism

4 mètres d’étoffe dans une chemise, 10 mètres dans un manteau, une belle époque.

Il y a presque un siècle, Paul Poiret théorisait l’évolution des tendances en déclarant que « tout excès en terme de mode est signe de fin ». A l’heure où les cols et revers se sont réduits jusqu’à disparaître et où le mot « slim » est souvent encore précédé de tous types de préfixes superlatifs, il est bon de rappeler qu’il y a encore peu, les hommes évoluaient drapés dans de fantastiques quantités de matière.

Aujourd’hui, l’air du temps est à une silhouette masculine qui s’agrandit, s’élargit, se fluidifie, pour preuve les dizaines d’épaules tombantes et de manteaux longs des présentations de collections automne-hiver 2015. Les 40 ans d’Armani arrivent à point nommé pour nous rappeler qu’il a été boss incontesté de l’exercice, et à quel point ses silhouettes des années 80 ne choqueraient pas portées aujourd’hui par des acheteurs japonais.

Découvert sur un catalogue d’exposition lors d’un marché aux puces bordelais, Duran est un artiste dont on ne sait pas grand chose. En fouinant sur son site internet, on n’en sait pas beaucoup plus mais on cerne l’univers rapidement. Ses portraits sans visages laissent parler les matières et les coupes et évoquent l’époque révolue du power-dressing et d’une Amérique au top de sa forme qui a fait rêver le monde entier (On pense à City Hunter, aux cafés au fin fond de la campagne française qui s’appellent « Le Madison » ou aux tableaux de Chris Consani que l’on peut souvent croiser dans nos bistrots favoris).

Si la forme ne sera pas du goût de tout le monde, il y a tout de même des choses à prendre. Les plus frileux pourront aller plus simplement piquer le look de Richard Gere dans American Gigolo.

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Nike White Label

La version futuriste du crew neck en molleton gris

Une tendance de fond sur marché américain concerne une sorte de nouveau sportswear, que certains adeptes des mots-valises ont baptisé l’athleisure, ou plus raisonnablement active wear. Une marque comme Lululemon, spécialisée dans les vêtements de yoga mais qui propose surtout des vêtements à valeur ajouté technique pour la vie de tous les jours, est devenue une véritable institution outre-atlantique. Quelques prédicateurs fous vont jusqu’à annoncer que le collant est le nouveau jean. De nombreuses marques que l’on suit s’inspirent de ces matières techniques pour faire des choses qui se tiennent.
On connait par exemple Nanamica et Arc’teryx Veilance, qui ont intégré du Gore-Tex dans des pièces aux looks plus urbains. Lors de l’apparition des matières synthétiques, au milieu du siècle passé, ce genre d’argument technique a permis de justifier l’injustifiable. Effectivement un polo en 100% acrylique sèche rapidement et n’a probablement pas besoin d’être repassé, mais fort heureusement nous en sommes largement revenus. Le positionnement d’Uniqlo est assez malin à ce sujet, la marque – qui se présente comme une marque de technologie et non de mode – justifie opportunément tout ajout de polyester par un argument technique.

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